Comment fournir 90 TWh/an nets à la Suisse ?

Ce calculateur permettra de comparer les scénarios que l'on peut imaginer

Décarboner les transports, le chauffage et l’industrie suppose de les électrifier. La consommation suisse passerait alors d’environ 58 à 90 TWh nets par an — nets, c’est-à-dire mesurés au compteur du client, les pertes de réseau et de stockage venant en plus — ce qui porte la production brute à construire autour de 100 TWh. L’hydraulique en fournit 38 et ne peut guère faire mieux : on ne commande pas la pluie. Restent une soixantaine de TWh à trouver.

Ce calculateur compare quatre façons d’y parvenir et donne pour chacune les puissances à construire, l’investissement à consentir, le coût du courant et les émissions de CO₂. Sa particularité : il vérifie que la demande est couverte à chacune des 8 760 heures de l’année, et non en moyenne annuelle — sur cinq années de données réelles, soit 43 824 heures. C’est ce qui fait apparaître ce qu’un bilan annuel ou mensuel escamote : les manques d’hiver, les excédents d’été, et le gaz qu’il faut malgré tout.

Le tableau ci-dessous compare quatre scénarios :

  1. De base, complétant l’hydraulique par du gaz
  2. Continuation du mode actuel : hydraulique + nucléaire + complément par le gaz
  3. Intermittent, avec seulement des sources renouvelables : hydraulique + ENR + complément par le gaz
  4. Mix, avec tous les modes possibles : hydraulique + nucléaire + ENR + complément par le gaz

Déplacez les curseurs pour changer les hypothèses : tout se recalcule à l’instant.
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Les hypothèses de calcul et les sources sont détaillées en bas de page.
 

Synthèse
1 · Base
Hydro+Gaz
2 · Continuation
+Nucléaire
3 · Intermittent
+ENR seules
4 · Mix
Nuc+ENR+Gaz
Méthodologie
Demande & Ressources
Ce que reçoit le client. Les pertes de réseau s’y ajoutent : la production doit être supérieure. Descendre à 58 TWh reproduit la situation actuelle.
Plage observée : 33.5 TWh (sec 2022) — 48.3 TWh (record 2024). Répartition observée : 49 % au fil de l’eau, 51 % en accumulation.
Les lacs d’accumulation suivent un modèle fixe : apport reconstruit (18 198 GWh/an), budget de turbinage mensuel observé, remplissage borné à 8,5–88 %. On ne commande pas la pluie : aucun paramètre ici.
Le solde va au gaz, par construction. Ce n’est pas un oubli : après l’hydraulique, qui suit son propre profil saisonnier, le gaz est la variable d’ajustement du système. Porter ce curseur à 100 % ne supprime pas le gaz — il en reste 21 TWh à 90 TWh de demande — mais triple l’écrêtage (5,9 → 20,1 TWh) et porte le coût du mix additionnel de 87 à 111 CHF/MWh. Les 23,5 TWh d’ENR ainsi ajoutées n’évitent que 8,7 TWh de gaz.
L’OFEN chiffre le coût de revient complet de l’hydraulique suisse à 67 CHF/MWh (2016), dont ~15 de redevance hydraulique. L’ouvrage étant amorti, seule la part d’exploitation est retenue ici — redevance, exploitation et frais généraux — actualisée. Ce paramètre n’a aucun effet sur le coût du mix additionnel, qui est le chiffre de comparaison : il ne déplace que le coût complet, et de la même quantité dans les quatre scénarios.
Ce taux ne sert qu’à valoriser les investissements (VAN sur l’horizon de comparaison, renouvellements compris). Il n’entre pas dans le coût de revient, qui relève du taux d’intérêt du financement — deux questions distinctes : combien faut-il investir, et combien coûte le courant.
Nucléaire
Ce curseur n’agit que sur la colonne « Au ROE » du tableau Nucléaire — coût par MWh selon la phase, onglet Scénario. Le reste du calculateur — coût moyen, investissements, comparaison des scénarios — s’appuie sur le coût de revient, qui couvre la dette et les charges mais ne rémunère pas les fonds propres. La colonne « Au ROE » donne le prix plancher qui satisferait un investisseur attendant ce rendement — il dépend donc aussi de la structure de financement, fixée ici à 70 % de dette et 30 % de fonds propres.
Observé 2021–2025 sur le parc actuel (2935 MWe) : 82,7 %, arrondi à 83. Réparti en 93 % l’hiver et 72 % l’été, les révisions tombant en mai-juin. Les années observées vont de 72 à 91 % : le pas du curseur est de 1 %, une précision supérieure serait trompeuse.
C’est l’hypothèse la plus déterminante du calculateur, davantage que le capex ou le taux d’intérêt : elle décide seule du classement des scénarios. Aucune centrale n’a encore atteint 80 ans — c’est une prolongation de licence, pas un fait observé. Si vous l’accordez au nucléaire, accordez au photovoltaïque les 30 à 35 ans que ses garanties laissent envisager : le curseur existe aussi.
Taux d’intérêt (%/an sur le solde restant dû)
Le capex est remboursé linéairement sur la durée de service et les intérêts courent sur le solde restant, qui décroît chaque année. Le premier taux vaut pour toutes les technologies ; seul le nucléaire connaît un refinancement, qui fait passer au second taux à l’année 26. Pendant la construction, le capex engagé accumule des intérêts intercalaires qui grossissent la dette à amortir : 10 ans de chantier pour le nucléaire (+17 % à 3,2 %/an), 3 pour le gaz, 2 pour l’éolien, 1 pour le PV et les batteries.
Charges fixes non financières
Ce poste ne contient plus de dépréciation : le capital est remboursé par l’amortissement ci-dessus, et l’y compter une seconde fois reviendrait à le faire payer deux fois. La valeur de 0,3 % est un ordre de grandeur — à ajuster.
Coûts variables (CHF/MWh)
ENR — Facteurs de charge & Capex
Parc suisse observé 2021–2025 : 10,1 % (OFEN, tab. 32, puissance moyenne de deux 31 décembre). 10,5 laisse une marge aux installations neuves.
25 ans est la valeur prudente d’usage. Les garanties de production des modules récents vont jusqu’à 30 ans, et le parc allemand des années 1990 tourne encore. L’éolien reste fixé à 25 ans : l’usure mécanique borne davantage sa longévité.
Parc suisse observé 2021–2025 : 19,5 % (OFEN, tab. 31).
Stockage — simulé heure par heure
0 = aucun BESS. Sinon le modèle dimensionne la batterie sur la pointe d’excédent qui subsiste une fois les STEP servies : le quart, la moitié ou la totalité. La puissance et la capacité deviennent des résultats.
Puissance divisée par capacité. 25 %/h = un système 4 h, le standard des grands parcs (Moss Landing 750 MW/3 000 MWh). Les STEP suisses sont vers 4 %/h, soit 25 h de garde.
Coût biparti : les cellules au kWh, le bloc de puissance au kW (décomposition NREL 2024, 241 $/kWh + 372 $/kW).
Sert uniquement d’indicateur : les STEP sont un actif amorti et ne sont pas facturées au scénario. Repères suisses : Grimsel 4 1 786, Linth-Limmern 2 100, Nant de Drance 2 333 CHF/kW.
Rendement aller-retour fixé dans le moteur horaire : STEP 80 %, BESS 92 %. STEP existantes (4 GW / 100 GWh) servies en priorité, à la charge comme à la décharge : le BESS s'ajoute à elles, il ne s'y substitue pas.
Gaz d’appoint (résidu horaire)
S’ajoute au coût variable du gaz, dans la même unité, et n’affecte que lui : seule la combustion émet. Brûler un MWh de gaz rejette 0,34 t de CO₂, de sorte que 10 CHF/MWh équivalent à 29 CHF la tonne. Repères : 0 par défaut — c’est un choix politique, pas une donnée du système, et le mettre à zéro montre l’économique seul ; 20–35 correspond à un quota européen de 60 à 100 CHF/t, régime auquel relèverait une grande centrale (les gros émetteurs entrent au SEQE et sont de ce fait exemptés de la taxe fédérale) ; 41 correspondrait à la taxe suisse sur les combustibles, 120 CHF/t en 2026, qui ne s’applique pas aux installations du SEQE.
—
TWh/an
conso. nette
—
CHF/MWh
coût complet
—
G CHF
VAN 60 ans
—
G CHF
invest. nominal
—
GW installés
(hors hydro)
—
%
part gaz
—
TWh/an
excédent écrêté
—
g CO₂/kWh
▸ Énergie (TWh)
▸ Puissance installée (GW)
Production, puissance nominale & coûts par technologie
SourceTWh/anPart GW nominalFact. chargeCHF/MWh
pro memoria

GW gaz = puissance de pointe requise par la simulation horaire (résidu non couvert par hydro+nucl.+ENR+stockage).
Coût d’exploitation = coûts annuels hors capex : pour le nucléaire, LCOE complet (financier = service dette ; période = amortissement + assurance + O&M fixe ; variable = combustible + déchets/démant.) ; pour PV/éolien, O&M token (capex en NPV) ; pour gaz, coût variable combustible.
* Coût complet = charges variables + charges fixes + charge de capital, la même règle pour toutes les technologies (amortissement linéaire sur la durée de vie, intérêts sur le solde restant dû).

Investissements & VAN — horizon 60 ans
TechnologieCapacité Capex unitaireInvest. initial CHF M RemplacementsTotal nominal CHF MVAN 60 ans CHF M

VAN = Σ capex ÷ (1+r)^t sur l’horizon de 60 ans, qui suit la durée de vie retenue pour le nucléaire. Chaque actif est remplacé à la fin de sa propre durée de vie autant de fois que l’horizon l’exige : la colonne Remplacements donne le nombre et les années. Le nucléaire, dont la durée de vie définit l’horizon, n’est jamais remplacé. Hydro : actif existant, capex nul.

Mise en perspective — équivalents concrets

Références : centrale nucléaire type Leibstadt 1.245 GW brut · panneaux solaires 200 W/m² (STC) · éolienne 3 MW · turbine CCGT gaz 600 MW · batteries Li-ion 7 000 t/GWh (système complet, type Megapack).

Bilan gaz — résidu horaire (simulation 2021–2025, 43 824 h)
PosteTWh/anRemarque

Simulation heure par heure sur 5 ans de données observées (2021–2025, energy-charts.info). Le gaz est le résidu horaire non couvert par hydro, nucléaire, ENR et stockage (STEP + BESS) — un résultat du modèle, pas un paramètre. Il ne se limite pas à l’hiver : les épisodes de Dunkelflaute peuvent survenir toute l’année.

Hypothèses

Le modèle calcule l’approvisionnement électrique de la Suisse pour chaque scénario, en partant de l’hypothèse d’une électrification complète afin de décarboniser les transports et les chauffages. La valeur cible, 90 TWh/an par défaut, est la consommation nette d’électricité : celle que les consommateurs finaux relèvent à leur compteur. Toutes les pertes doivent donc être couvertes par de la production supplémentaire — pertes de réseau (7,5 % de la consommation nette, valeur réglable), pertes de stockage, et électricité écrêtée faute de preneur. Selon le scénario, la production brute nécessaire s’établit ainsi entre 97 et 103 TWh/an.

L’hydraulique est fixée à sa production annuelle moyenne de 2021 à 2025 et traitée en deux parties. Le fil de l’eau suit son profil horaire observé, sans commande possible. L’accumulation dispose d’un budget mensuel d’eau, reconstitué à partir des apports naturels — pluie et fonte —, qu’elle emploie à écrêter les pointes du mois : elle assure le report saisonnier de l’été vers l’hiver, mais n’est pas mobilisée pour lisser les intermittences journalières.

Le nucléaire produit en ruban, à un facteur de charge annuel réglable (83 % par défaut, valeur mesurée sur le parc actuel), avec une modulation saisonnière qui place les révisions en été. Le photovoltaïque et l’éolien sont dimensionnés selon leur facteur de charge (10,5 % et 19,5 % par défaut) et suivent les profils horaires observés de 2021 à 2025.

Un stockage journalier — le pompage-turbinage existant (4 GW, 100 GWh) et des batteries complémentaires — absorbe une partie de l’excédent solaire de milieu de journée pour le restituer le soir ; l’excédent non stockable est écrêté. Le déficit qui subsiste à chaque heure est couvert par des turbines à gaz, ou par de l’importation. Le gaz n’est pas un paramètre mais un résultat : la simulation, heure par heure sur les 43 824 heures de 2021 à 2025, en dicte la puissance et l’énergie.

Le calculateur sert à comparer des scénarios, non à dimensionner un système réel. Il ignore le réseau lui-même (aucune contrainte de transport, aucun goulet local), les échanges commerciaux avec l’étranger, la tenue de fréquence et les services système. Ces simplifications sont signalées dans l’onglet « Méthodologie ».

Cliquer ci-dessus sur Guide  pour obtenir un mode d'emploi.

Sources : energy-charts.info (Fraunhofer ISE), IEA-PVPS, OFEN/BFE, SolarPower Europe, ElCom, IAEA/WNA.
Détails : voir l'onglet « Méthodologie » du calculateur, ci-dessus.

 Les coûts calculés contiennent les éléments suivants:

  • pour l'hydraulique, coûts d'opération et d'entretien, sans frais financiers pour des besoins d'investissement ;
  • pour le nucléaire, l'amortissement du capex sur sa durée de service — 60 ans par défaut, réglable de 40 à 80 — et les intérêts sur le solde restant dû, plus l'assurance, l'exploitation, la matière fissile et la réserve pour démantèlement et traitement des déchets ;
  • pour le PV et l'éolien, le même calcul sur leur propre durée de vie — 25 ans, celle du PV étant réglable de 20 à 35 — et les coûts d'opération et d'entretien ;
  • pour le gaz, le même calcul sur 30 ans, les coûts d'opération et d'entretien, et le coût du gaz, la puissance à installer étant celle de la pointe résultant de la simulation
    (s'il s'agissait d'importation il faudrait spéculer sur le prix et la disponibilité du courant dans les périodes concernées).

Toutes les filières sont traitées par la même mécanique : amortissement linéaire du capex sur la durée de vie de l'ouvrage, intérêts sur le solde restant dû, intérêts intercalaires de la période de chantier compris. Le coût mis en avant est celui du mix additionnel — hors hydraulique, dont les 38 TWh au même prix dans tous les scénarios diluent les écarts. Séparément, la valeur actuelle nette des capitaux à investir est escomptée sur l'horizon de comparaison, qui suit la durée de vie retenue pour le nucléaire.

Deux analyses paramétriques sont disponibles, l'une présentant les résultats selon que la part du nucléaire varie de 0 à 100 %, et l'autre selon que la part des renouvelables varie de 0 à 100 %.